Le 14 janvier 2026, la 8ᵉ réunion du Comité de suivi du projet de navigation sur le fleuve Sénégal s’est tenue sous la présidence du Haut-Commissaire de l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal, Mohamed Abdel Vetah.
Bamada.net-Autour de la table : les délégations de la Guinée, du Mali, de la Mauritanie et du Sénégal, accompagnées des responsables de la SOGENAV et des experts techniques.
Au-delà du protocole, cette rencontre marque un tournant : la navigation fluviale ne relève plus du discours institutionnel. Elle entre dans le calendrier opérationnel.
Le segment Saint-Louis – Ambidédi n’est plus une projection théorique. Il devient une échéance.
Ambidédi : un projet longtemps immobilisé par l’histoire
Depuis les années 1970, les études techniques ont confirmé la faisabilité économique du transport fluvial entre la façade atlantique et la région de Kayes. Les analyses de l’époque mettaient en évidence :
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un coût de transport inférieur au rail pour certaines marchandises,
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une capacité d’acheminement importante,
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un potentiel régional partagé.
Pourtant, malgré la création de l’OMVS en 1972 et les succès dans le domaine énergétique, la navigation est restée en marge des réalisations concrètes.
La cause principale ne relevait ni d’un manque de vision, ni d’un déficit technique, mais d’un modèle financier inadapté. Les estimations globales, autrefois chiffrées à plusieurs centaines de milliards de FCFA, ont figé l’ambition.
Ambidédi est ainsi devenu un symbole : celui d’un projet viable mais suspendu.
Le changement de méthode : commencer pour convaincre
La nouveauté aujourd’hui ne réside pas seulement dans la relance du dossier, mais dans la méthode adoptée.
Plutôt que d’attendre un financement massif extérieur, les États membres ont opté pour une stratégie progressive :
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lancer une première phase réduite,
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sécuriser les travaux essentiels (dragage, balisage, réhabilitation des escales),
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démontrer la fonctionnalité du corridor.
La première étape, programmée pour avril 2026, vise à rendre effective la liaison fluviale jusqu’à Ambidédi. Cette approche graduelle permet de transformer un projet perçu comme lourd en un chantier réaliste.
Il ne s’agit plus d’annoncer un grand programme, mais de poser des actes mesurables.
Le port d’Ambidédi : plus qu’une infrastructure, un repositionnement
Pour le Mali, État enclavé, la question dépasse la simple logistique.
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Les crises récentes d’approvisionnement ont révélé la fragilité d’une dépendance quasi exclusive aux corridors routiers extérieurs. Chaque blocage, chaque tension régionale, expose l’économie nationale.
Ambidédi introduit une alternative stratégique :
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réduction des ruptures de charge,
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diminution des frais de transit intermédiaire,
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baisse potentielle des coûts logistiques,
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sécurisation partielle des flux stratégiques.
Le fleuve devient un axe complémentaire, susceptible d’amortir les chocs géopolitiques.
Une dimension régionale : l’intérêt pour l’espace sahélien
La portée du projet dépasse le cadre malien.
Dans l’espace sahélien, la diversification des routes commerciales devient une nécessité stratégique. Ambidédi pourrait constituer un maillon structurant pour les pays de l’AES, en offrant :
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une voie alternative d’acheminement,
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une meilleure résilience face aux crises régionales,
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un levier collectif de négociation commerciale.
Ainsi, le port fluvial n’est pas uniquement un outil économique. Il s’inscrit dans une logique de stabilité régionale.
Les défis concrets
Toutefois, la relance du projet implique des réalités à gérer :
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l’occupation des berges par des activités informelles,
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la gestion environnementale,
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la saisonnalité du niveau d’eau,
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la coordination interétatique.
La réussite dépendra autant de la gouvernance que des travaux techniques.
Un test de maturité institutionnelle
Pour l’OMVS, souvent citée comme modèle de coopération hydraulique, la navigation représente l’ultime pièce du puzzle.
Les barrages ont démontré la capacité de coordination énergétique.
La navigation doit démontrer la capacité de coordination logistique.
La crédibilité institutionnelle se joue désormais sur la capacité à livrer.
le fleuve comme horizon stratégique
Ambidédi n’est plus seulement un projet hérité du passé. Il devient un indicateur de la capacité des États à transformer une ambition en infrastructure réelle.
La pose annoncée de la première pierre ne sera pas un simple symbole architectural. Elle traduira une orientation politique : celle d’un Mali cherchant à diversifier ses accès, à consolider son autonomie économique et à inscrire le fleuve Sénégal dans une dynamique productive.
Si le chantier avance conformément au calendrier, il ouvrira une séquence nouvelle dans l’histoire logistique du pays.
Et cette fois, le fleuve pourrait cesser d’être une promesse pour devenir une voie.
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