Il y a des périodes de l’année où l’électricité cesse d’être un simple service pour devenir un véritable baromètre national. À l’approche du mois sacré, quand les veillées s’allongent, que les cuisines s’activent et que les mosquées se remplissent à la nuit tombée, chaque ampoule qui s’allume prend une dimension particulière.
Bamada.net-C’est dans ce contexte sensible que le Directeur général de Énergie du Mali (EDM-SA), le Commandant Madani Dravé, a choisi de fixer un cap. Un cap qui ne repose ni sur l’effet d’annonce ni sur des promesses irréalistes, mais sur une méthode : réparer, stabiliser, renforcer, puis transformer.
Changer de ton pour changer de trajectoire
Ce qui frappe d’abord dans la démarche actuelle, c’est le ton. Pas de recherche de coupables, pas de rupture spectaculaire avec le passé. Le nouveau responsable assume la continuité institutionnelle tout en introduisant une dynamique nouvelle.
Dans un secteur fragilisé par des années de tensions financières, de dépendance aux centrales thermiques coûteuses et de réseaux vieillissants, la priorité n’est pas de construire des mirages, mais de consolider l’existant.
Remettre en marche des centrales à l’arrêt, renforcer les lignes de transport, améliorer la maintenance : ces gestes techniques sont moins spectaculaires qu’une inauguration, mais infiniment plus structurants.
L’électricité, enjeu de souveraineté
Au Mali, l’énergie n’est pas qu’une question de confort domestique. Elle conditionne l’activité économique, la performance des services publics, la compétitivité des entreprises et la stabilité sociale.
Réduire la dépendance aux groupes thermiques alimentés par du carburant importé est donc un choix stratégique. Les projets solaires en cours traduisent cette volonté de diversifier le mix énergétique. Dans un pays où le soleil est une ressource abondante, transformer cette richesse naturelle en stabilité énergétique relève du bon sens.
La transition ne sera ni instantanée ni sans contraintes. Mais elle marque une orientation claire : produire mieux, produire durablement, produire à moindre coût structurel.
La pédagogie du réalisme
L’autre évolution notable concerne la communication. Annoncer les horaires de délestage, préciser les zones concernées, informer à l’avance : cela peut paraître élémentaire, mais c’est une révolution culturelle dans un contexte où l’imprévisibilité a longtemps alimenté la frustration.
Une coupure annoncée n’est jamais agréable. Mais elle est supportable si elle permet de s’organiser. Pendant les périodes de forte consommation nocturne, cette transparence devient un facteur d’apaisement.
La priorité affichée aux hôpitaux, aux services d’urgence et aux infrastructures stratégiques traduit également une hiérarchisation responsable des besoins.
Redresser une entreprise stratégique
Le redressement ne se joue pas uniquement sur les câbles et les turbines. Il se joue aussi dans les comptes et dans les équipes.
L’assainissement financier engagé vise à restaurer la crédibilité de l’entreprise auprès de ses partenaires. Le remboursement progressif des dettes fournisseurs constitue un signal fort. Sans confiance économique, aucune réforme technique ne tient.
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La mobilisation interne est tout aussi essentielle. Une société stratégique ne peut réussir sans agents motivés, formés et responsabilisés.
La part de chacun
Il serait cependant illusoire de croire que la stabilité énergétique dépend uniquement de la direction d’EDM-SA. Les branchements anarchiques, les fraudes et les surcharges fragilisent l’ensemble du réseau.
L’électricité est un bien collectif. Chaque installation irrégulière pénalise des milliers d’abonnés. La discipline citoyenne — paiement des factures, respect des normes, refus de la fraude — fait partie intégrante de la solution.
Entre attente et patience
Les Maliens ont vécu des périodes particulièrement difficiles, avec des coupures prolongées qui ont pesé sur le quotidien et sur l’activité économique. La mémoire collective reste vive.
Les annonces actuelles suscitent donc un mélange d’espoir et de prudence. La crédibilité se mesurera à l’interrupteur : moins de délestages imprévus, plus de stabilité, une meilleure organisation.
Le chantier est immense. Mais la méthode affichée — stabilisation de l’existant, diversification énergétique, transparence et assainissement — trace une voie cohérente.
La lumière comme symbole
Au fond, l’électricité est devenue un symbole. Celui d’un pays qui cherche à consolider ses bases, à renforcer sa souveraineté et à améliorer le quotidien de ses citoyens.
Si les engagements se traduisent par des résultats concrets dans les prochains mois, une nouvelle relation de confiance pourra s’installer entre la société nationale et les usagers.
La lumière ne fait pas de bruit. Mais quand elle revient durablement, elle change tout.
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