Le Conseil national du patronat du Mali (CNPM) a consacré une nouvelle édition de sa « Rencontre professionnelle » à l’examen de la Loi des finances 2026, dans une dynamique assumée de consolidation du dialogue public-privé.
Initié en 2017, ce cadre d’échanges, relancé avec vigueur depuis l’installation du nouveau bureau en octobre 2022, s’affirme désormais comme un instrument structurant d’amélioration du climat des affaires.
Autour du thème « Loi des finances 2026 », la rencontre a réuni des chefs d’entreprises, des responsables administratifs et des experts, avec pour ambition de décrypter le contenu du budget national 2026 et d’en éclairer les implications pour le secteur privé malien. Parmi les intervenants figuraient le paneliste Modibo M. Makalou, économiste et expert en financement du développement, ainsi que Mossadeck Bally, Président du CNPM.
Le budget national 2026 est arrêté en recettes à 3 057,8 milliards de F CFA et en dépenses à 3 578,2 milliards de F CFA, soit un déficit prévisionnel de 525 milliards de F CFA. Un écart qui interpelle, dans un contexte de pressions budgétaires persistantes et de besoins croissants en investissements publics.
Pour les organisateurs, l’objectif n’était pas seulement de présenter des agrégats macroéconomiques, mais d’en expliciter la cohérence stratégique. « La loi des finances est bien plus qu’un simple document financier », ont rappelé les intervenants. Elle constitue le reflet des priorités politiques, des choix d’allocation des ressources et des engagements de l’État envers les citoyens.
Éducation, santé, infrastructures, sécurité : la structure des dépenses publiques traduit une hiérarchisation des urgences nationales. Toutefois, cette architecture budgétaire demeure souvent mal comprise par les chefs d’entreprises, alors même que le secteur privé contribue de manière déterminante à la formation des recettes fiscales.
L’approche adoptée vise à dépasser la simple information pour instaurer un véritable mécanisme de rétroaction institutionnelle. Autrement dit, faire de la Rencontre professionnelle un levier d’influence constructive sur la future architecture des lois de finances.
La participation de Modibo M. Makalou a conféré à la rencontre une dimension technique et internationale. Économiste malien spécialisé en financement du développement, en partenariats public-privé (PPP) et en mobilisation des ressources domestiques, il a notamment siégé entre 2004 et 2012 au Groupe de travail sur l’efficacité de l’aide du Comité d’Aide au Développement (CAD) de l’OCDE à Paris, instance coordonnant près de 90 % de l’aide publique au développement des pays industrialisés.
Son intervention a permis de contextualiser la Loi des finances 2026 dans un environnement marqué par la contraction des marges budgétaires, la nécessité d’optimiser les ressources internes et le recours stratégique aux mécanismes innovants de financement, notamment les PPP.
Selon lui, la réduction progressive du déficit suppose une double exigence : élargissement de l’assiette fiscale et amélioration de l’efficacité de la dépense publique. « La soutenabilité budgétaire ne peut être dissociée de la confiance entre l’État et les opérateurs économiques », a-t-il souligné en substance.
Le CNPM a insisté sur l’engagement croissant du secteur privé dans la relance économique nationale. Face aux contraintes budgétaires, les entreprises maliennes explorent des niches de croissance, investissent dans des activités porteuses et participent activement à la mobilisation des recettes publiques.
Pour Mossadeck Bally, Président du CNPM, la compréhension mutuelle des impératifs budgétaires constitue un préalable à toute stratégie de croissance inclusive. Le dialogue doit permettre d’identifier les mesures fiscales favorables à l’investissement, tout en garantissant la soutenabilité des finances publiques.
Au-delà de l’exercice pédagogique, la rencontre professionnelle sur la Loi des finances 2026 s’inscrit ainsi dans une perspective stratégique : faire du dialogue État-secteur privé un outil permanent d’amélioration du climat des affaires et de consolidation des équilibres macroéconomiques.
Dans un contexte marqué par un déficit budgétaire conséquent, l’enjeu dépasse la simple exécution comptable : il s’agit d’asseoir un pacte de responsabilité partagée, condition essentielle d’une croissance durable et d’un développement maîtrisé du Mali.
Alexis Kalambry
Source : Mali Tribune
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