Dans une récente note, le ministère malien de l’Économie et des Finances a demandé aux départements ministériels de privilégier les produits fabriqués localement. Chaque ministère devra réserver 100 millions de FCFA dans son budget 2026 pour financer ces acquisitions.
Adressée à l’ensemble des membres du gouvernement, la correspondance signée par le ministre Alousséni Sanou formalise l’orientation de la commande publique vers les Petites et Moyennes Entreprises (PME) de droit malien et la production nationale. La mesure s’inscrit dans la mise en œuvre des dispositions en faveur des PME locales ainsi que dans l’application des recommandations des Assises nationales de la Refondation (ANR), notamment le principe « Consommer malien ».
Les ministères sont invités à privilégier le mobilier fabriqué localement, les produits alimentaires issus de la production nationale — tels que le thé, les jus et boissons naturelles — ainsi que les produits sanitaires de fabrication locale. Il leur est expressément demandé d’inscrire un montant total de 100 millions FCFA au titre de l’exercice budgétaire 2026 et de transmettre les lignes budgétaires correspondantes dans les délais fixés par le département en charge des finances.
Si l’ensemble des départements ministériels appliquent cette instruction, plusieurs milliards de francs CFA pourraient être orientés vers la production locale. Une telle orientation ferait de la dépense publique un levier direct de soutien aux entreprises nationales, dans un contexte marqué par la recherche de souveraineté économique, la réduction des importations et le renforcement de l’emploi local.
Cette évolution marque un tournant par rapport à la pratique antérieure, traditionnellement fondée sur la mise en concurrence ouverte conformément au Code des marchés publics. Si des mécanismes de préférence nationale existaient déjà, aucun fléchage budgétaire généralisé n’avait jusqu’ici été imposé à l’ensemble des ministères.
La mise en œuvre effective dépendra toutefois de la capacité des entreprises nationales à répondre aux exigences de volume et de qualité, ainsi que du respect des principes de transparence et de concurrence qui encadrent la commande publique. La question du contrôle des procédures et de la certification des fournisseurs sera déterminante pour éviter toute distorsion ou concentration excessive des marchés.
Des politiques similaires de préférence nationale existent dans plusieurs pays de la sous-région. Au Sénégal, une marge de préférence pouvant atteindre 15 % est accordée aux entreprises locales dans les marchés publics, tandis qu’en Côte d’Ivoire et au Ghana, des seuils et quotas sectoriels favorisent l’accès des PME nationales à la commande publique. La particularité de l’instruction malienne réside toutefois dans le fléchage budgétaire explicite imposé à chaque ministère, ce qui en fait un instrument direct et centralisé de politique industrielle.
MD/Sf/APA
Source : APA
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