Dette Publique : Le Mali vise 1 450 milliards de FCFA de levée de fonds en 2026
Le Mali franchit un nouveau cap dans sa stratégie de financement public. En lançant officiellement son calendrier d’émission de titres publics pour l’année 2026, l’État affiche une ambition claire : mobiliser 1 450 milliards de FCFA sur le marché financier régional de l’UEMOA, contre 1 199 milliards FCFA en 2025. Une progression significative qui traduit à la fois l’ampleur des besoins budgétaires et la volonté des autorités de s’inscrire dans une gestion plus structurée, plus lisible et plus prévisible de la dette publique.
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Bamada.net-La cérémonie de lancement, organisée le jeudi 5 février 2026 à l’hôtel Radisson Collection, sous l’égide du ministère de l’Économie et des Finances, à travers la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique, a permis de dévoiler les grandes lignes de cette programmation financière stratégique.
Une programmation ambitieuse, étalée sur l’année
Selon les données officielles présentées, l’objectif annuel de 1 450 milliards FCFA est réparti de manière progressive sur les quatre trimestres de l’année 2026 :
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340 milliards FCFA au premier trimestre ;
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400 milliards FCFA au deuxième trimestre ;
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430 milliards FCFA au troisième trimestre ;
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280 milliards FCFA au quatrième trimestre.
Cette ventilation trimestrielle n’est pas anodine. Elle répond à un double impératif : offrir de la visibilité aux investisseurs et éviter les tensions excessives sur la liquidité du marché régional. Pour les autorités maliennes, il s’agit de rassurer les partenaires financiers en montrant que les émissions seront planifiées, maîtrisées et alignées sur la capacité réelle du marché.
Les titres publics, piliers du financement de l’État
Sur le marché financier régional, les émissions de l’État malien reposent principalement sur deux instruments bien connus des investisseurs :
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Les Bons du Trésor, généralement à court terme, destinés à couvrir les besoins de trésorerie immédiats ;
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Les Obligations du Trésor, à moyen et long terme, utilisées pour financer des projets structurants et des engagements budgétaires plus durables.
Ces titres sont émis soit par adjudication, une procédure assimilable à un appel d’offres, soit par appel public à l’épargne, selon les conditions du marché et les objectifs poursuivis. Les taux d’intérêt, quant à eux, dépendent de plusieurs facteurs, notamment la maturité des titres, la liquidité disponible et l’appétit des investisseurs au moment de chaque opération.
2025, une année de référence pour le Trésor malien
L’année 2025 constitue un point de comparaison important. Selon les chiffres communiqués, 1 193 milliards FCFA ont été mobilisés à travers 34 émissions, confirmant le recours régulier du Mali au marché financier régional. Cette performance place le pays parmi les émetteurs les plus actifs de l’Union monétaire ouest-africaine.
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À l’échelle régionale, le marché de l’UMOA a enregistré un volume global d’émissions de 11 858 milliards FCFA en 2025, en hausse de 46 % par rapport à l’année précédente. Une dynamique qui témoigne de l’importance croissante des marchés financiers régionaux dans le financement des États.
Une dette jugée soutenable par les autorités
Face aux inquiétudes récurrentes sur l’endettement public, les autorités se veulent rassurantes. Le directeur national du Trésor, Siaka Samaké, a insisté sur la soutenabilité de la dette malienne. Selon lui, l’encours de la dette publique devrait se situer autour de 43 % du PIB à fin 2026, un niveau largement inférieur au seuil communautaire de 70 % fixé par l’UEMOA.
Dans le même esprit, le ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, a rappelé que l’agence de notation Bloomfield a confirmé la note financière du Mali : A3 à court terme et BBB à long terme, avec des perspectives stables. Un signal positif envoyé aux investisseurs, dans un contexte régional pourtant marqué par de fortes sollicitations.
Le rôle clé des banques maliennes
Le secteur bancaire national demeure un acteur central de cette stratégie de financement. En 2025, les banques maliennes ont souscrit près de 58 % des titres émis, soit environ 686 milliards FCFA, selon les chiffres de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers du Mali (APBEF-Mali).
Sa présidente, Aïssata Koné Sidibé, a réaffirmé l’engagement des banques à accompagner l’État dans la mise en œuvre du programme 2026. Un soutien indispensable, au regard de l’ampleur des montants à mobiliser.

Entre ambition nationale et prudence régionale
Toutefois, tous les acteurs ne partagent pas le même niveau d’optimisme. La directrice générale d’UMOA-Titres, Oulimata N’Diaye Diassé, estime que les capacités réelles de financement du Mali en 2026 pourraient se situer autour de 1 180 milliards FCFA, soit un niveau inférieur à l’objectif affiché.
Face à cet écart, le ministre Alousséni Sanou a lancé un appel clair à une mobilisation accrue des investisseurs, soulignant que la réussite du programme dépendra autant de la confiance du marché que de la discipline budgétaire de l’État.
Un signal fort pour 2026
La cérémonie de lancement s’est conclue par la distinction des principaux investisseurs de l’année 2025 sur la dette souveraine malienne. La BDM-SA s’est classée en tête, suivie de la BMS-SA et de la BNDA, illustrant l’implication déterminante des institutions financières nationales.
Avec un objectif de 1 450 milliards FCFA en 2026, le Mali s’engage dans une trajectoire exigeante, où la crédibilité financière, la transparence et la confiance des investisseurs seront déterminantes. Plus qu’un simple exercice comptable, ce programme d’émission de titres publics apparaît comme un test majeur de la résilience économique et financière du pays.
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Moïse Touré
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Source: Bamada.net
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