À Bamba, dans le cercle de Bourem (région de Gao), les relations entre éleveurs et agriculteurs ont longtemps été marquées par des tensions liées à l’accès aux terres, aux pâturages et aux points d’eau. De violents affrontements ont même causé des pertes en vies humaines.
Face à cette situation, les deux parties avaient envisagé de porter l’affaire en justice. Le chef de village, Almainoune Amadou Touré, a toutefois opté pour une démarche de médiation locale afin d’éviter l’escalade judiciaire et restaurer la cohésion sociale.
La solution proposée repose sur trois mesures principales : la délimitation d’une zone de pâturage réservée aux éleveurs ; la fixation d’horaires précis de pâturage pour protéger les cultures et la formalisation d’un pacte signé engageant les deux communautés à respecter les règles établies.
Selon le chef de village, l’objectif était de concilier les besoins des éleveurs en accès aux ressources pastorales et ceux des agriculteurs en protection des champs.
L’acceptation de ce compromis n’a pas été immédiate. La douleur et la méfiance consécutives aux affrontements rendaient le dialogue difficile. Progressivement, toutefois, les deux communautés ont accepté le principe de règles partagées.
Dans un geste concret de coopération, éleveurs et agriculteurs ont contribué ensemble à la clôture de la zone de pâturage par des grillages, matérialisant l’accord conclu. Un pacte officiel a ensuite été signé au domicile du chef de village. Chaque partie a exprimé sa demande de pardon, marquant une volonté commune d’apaisement.
Six ans après la mise en œuvre de ce dispositif, aucun conflit majeur n’a été enregistré entre les deux communautés à Bamba. La coexistence pacifique semble s’être consolidée. Des mariages ont été célébrés entre familles d’éleveurs et d’agriculteurs, illustrant un rapprochement social au-delà du simple règlement foncier.
« Nous avons compris que la paix et la prospérité de notre communauté dépendent de notre capacité à partager équitablement les ressources. En fixant des règles claires et en impliquant chacun dans leur respect, nous avons pu instaurer une confiance mutuelle », explique Almainoune Amadou Touré.
L’expérience de Bamba a suscité l’intérêt de villages voisins tels que Témera, Garbamé et Dognoyé Bano, qui ont adopté des mécanismes similaires de délimitation des zones de pâturage et de dialogue communautaire.
« Leur méthode de dialogue et de compromis nous a montré qu’il est possible de prévenir les conflits avant qu’ils ne dégénèrent. Nous avons adopté le même système de zones de pâturage, et cela a déjà réduit les tensions dans notre communauté », affirme Aguissa Maïga, chef de Témera.
À Garbamé, le chef de village souligne également que l’implication des deux parties dans la prise de décision favorise un sentiment de responsabilité partagée et une meilleure entente.
En misant sur la médiation locale, des règles formalisées et l’implication directe des communautés concernées, Bamba illustre une approche de prévention des conflits fondée sur la concertation et la responsabilisation mutuelle.
Ousmane Mahamane
Ce reportage est publié grâce au soutien de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas, à travers le Famoc, dans le cadre du projet, lutte contre les extrémismes à travers le journalisme de solutions
Source : Mali Tribune
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