L’homme politique et militant anti-esclavagiste mauritanien, Biram Ould Dah Abeid, a fait cette intervention déclaration lors du Forum mondial sur l’avenir de la démocratie, de l’IA/ Technologie et de l’Humanité qui s’est déroulé du 15 au 17 février 2026 à Berlin.
«Une démocratie ne disparaît pas lorsqu’une Constitution est suspendue. Elle disparaît lorsque les décisions de ceux qui gouvernent quittent la lumière du droit pour s’imposer dans l’ombre. Elle disparaît lorsque les procédures ne contiennent plus l’arbitraire du pouvoir. Lorsque les institutions ne peuvent plus faire émerger des vérités vérifiables. En somme, lorsque le pouvoir cesse d’être exposé à la lumière, et ne répond plus qu’à lui-même », a introduit Biram Ould Dah Abeid.  Selon l’homme politique mauritanien, l’histoire européenne l’a démontré avec une clarté implacable. « Des nations n’ont pas été détruites par l’absence de lois, mais par leur neutralisation. Elles ont été détruites lorsque la procédure a cessé d’être une protection, pour devenir une formalité sans effet. Lorsque la volonté du pouvoir s’est substituée à la règle du droit ». Ces  nations européennes, explique-t-il, se sont relevées non pas par l’oubli ou par la force mais par le rétablissement de la primauté du droit sur la volonté à travers des institutions capables d’exposer le pouvoir à la lumière. « Elles ont ainsi établi une vérité essentielle. Ce n’est jamais la vertu supposée des dirigeants qui protège un peuple. Ce sont les mécanismes concrets qui limitent leur pouvoir. Ce sont les procédures qui empêchent l’arbitraire. Ce sont les institutions qui rendent les décisions visibles, vérifiables, et contestables », souligne l’orateur.
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Fondations invisibles séparant un État de droit et un pouvoir sans contrôle
Le militant anti-esclavagiste mauritanien a évoqué la dure réalité de son pays « où l’ombre de l’esclavage et des privilèges de naissance continue de projeter ses effets sur des millions de vies ». « Depuis des années, avec l’Initiative de Résurgence Abolitionniste, nous luttons par des moyens strictement non violents. Non pour conquérir un pouvoir. Mais pour soumettre le pouvoir au droit. Nous avons connu la prison. La torture. La diffamation. Mais cette épreuve nous a enseigné ce que valent réellement les institutions lorsqu’elles cessent de protéger. Elle nous a appris trois réalités simples, qui valent pour tous les États : sans procédure, aucun droit n’est garanti. Sans trace écrite, aucune responsabilité ne peut être établie. Sans contrôle indépendant, aucun pouvoir ne rencontre de limite réelle. Ce ne sont pas des principes abstraits. Ce sont les fondations invisibles qui séparent un État de droit d’un pouvoir sans contrôle ». À en croire Biram Ould Dah Abeid, la corruption ne commence pas avec une intention. « Elle commence lorsqu’une décision publique peut exister sans laisser de trace. Lorsqu’un acte d’autorité ne peut être examiné. Lorsqu’un pouvoir peut agir sans être exposé à la vérification ». La démocratie ne disparaît pas immédiatement, rapporte-t-il, mais elle se transforme en changeant la fonction des institutions, des tribunaux et des élections, qui cessent de limiter le pouvoir et commencent à le masquer.  Notre combat dépasse les frontières d’un pays, se défend Biram Ould Dah Abeid. « Ce n’est pas un combat contre un gouvernement. Ce n’est pas un combat contre un système. C’est un combat pour une règle universelle ». Pour lui, la démocratie ne commence ni avec une élection, ni avec un discours. « Elle commence toujours au même endroit : Là où le pouvoir accepte d’être exposé. Là où l’autorité accepte d’être vérifiée. Là où la force accepte d’être contenue par la procédure. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que la démocratie cesse d’être une promesse. Et devient une réalité. Une réalité capable de protéger les peuples, de garantir la justice, et de gouverner dans la durée ».  L’exigence démocratique devient plus décisive à l’ère de l’intelligence artificielle, déclare-t-il. « La technologie n’invente ni la justice ni l’injustice. Elle amplifie les structures qui existent déjà . Elle peut renforcer la transparence. Ou elle peut étendre l’opacité. La différence ne dépend pas de la technologie elle-même. Elle dépend de la capacité des institutions à imposer la traçabilité, la preuve, et la limite ».
Par Chiaka Doumbia
Source : Le Challenger
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