5:48 am - 14 février, 2026

De Ouagadougou à Bamako, la bataille pour la décolonisation des esprits est déjà lancée. Alors que le capitaine Ibrahim Traoré exhorte les enseignants burkinabè à devenir des vecteurs de patriotisme, le général Assimi Goïta décrète 2026 « Année de l’éducation et de la culture ». Analyse d’une convergence idéologique au cœur de l’AES.

Sous l’ombre d’un grand arbre à Péni, dans le sud-ouest du Burkina Faso, la scène pourrait paraître banale, mais elle incarne ici tout un symbole… Dans un face-à-face avec un groupe d’enseignants, le capitaine Ibrahim Traoré, en treillis de combat et béret rouge, ne parle ni de tactique militaire, ni d’armement lourd. Son sujet du jour : la salle de classe. « Votre rôle est très complexe dans ce temps de crise », lance le président de la Transition burkinabè. Pour IB, l’instituteur n’est plus un simple transmetteur de savoirs académiques ; il est le gardien de la citoyenneté. Dans une vidéo largement diffusée par la Présidence du Faso, le capitaine insiste : « Il ne s’agira pas seulement de l’enseignement théorique, de donner juste des rudiments de mathématiques ou de français, mais de les éduquer aussi aux bonnes valeurs. »

Burkina Faso : L’école comme rempart

Pour les autorités de Ouagadougou, l’éducation est devenue le second front de la guerre contre l’insécurité. Le constat est sans appel : la crise que traverse le pays est aussi le fruit d’un délitement du sentiment d’appartenance nationale. En s’adressant aux enseignants de Péni, Ibrahim Traoré place le viseur sur le patriotisme et les valeurs culturelles propres.

L’enjeu est clair : former des citoyens qui « savent quel est l’attachement qu’ils ont à leur terre ». Dans la vision de Traoré, si le Burkina Faso est le cœur de l’Afrique de l’Ouest, sa résilience dépend de la capacité de son système éducatif à produire des révolutionnaires dans l’âme, capables de résister aux influences extérieures et à l’extrémisme.

Mali : 2026, l’année du « Mali Kura » par la culture

À moins d’un millier de kilomètres de là, à Bamako, le général Assimi Goïta s’inscrit dans la même trajectoire, mais avec une solennité institutionnelle accrue. En décrétant 2026 « Année de l’éducation et de la culture », le chef de l’État malien franchit une étape cruciale dans son projet de refondation, le Mali Kura.

Ce décret de février 2026 est plus qu’un symbole. Il traduit une volonté de rompre avec un modèle éducatif jugé inadapté aux réalités endogènes du pays. Pour Goïta, comme pour Traoré, la souveraineté ne se gagne pas seulement par les armes ou par le retrait de la CEDEAO ; elle s’ancre dans la valorisation des langues nationales et de l’histoire locale.

Une vision commune au sein de l’AES

Les similitudes entre les deux chefs d’État sont frappantes et dessinent une doctrine commune au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).

La décolonisation mentale : Pour les deux leaders, le système éducatif hérité de la colonisation a échoué à produire des citoyens engagés pour le développement centré sur nos valeurs locales. L’accent est mis sur une éducation décomplexée.

L’enseignant, ce soldat de l’ombre : Ibrahim Traoré tire son chapeau aux enseignants qui transforment les tout-petits. De même, le Mali investit dans la culture comme vecteur de cohésion sociale, transformant chaque salle de classe en un laboratoire de la nouvelle identité malienne.

La survie existentielle : « Si le Burkina tombe, l’Afrique de l’Ouest tombe », prévient Traoré. Cette conscience du péril imminent fait de l’éducation un outil de défense nationale. Il s’agit de vacciner la jeunesse contre le sentiment d’abandon qui nourrit les rangs des groupes armés.

Vers une harmonisation des programmes ?

Ce virage idéologique pose toutefois des défis immenses. Au Burkina Faso, plusieurs écoles restent fermées à cause des attaques. Au Mali, la réforme des programmes demande des moyens financiers et humains colossaux.

Pourtant, la volonté politique est là. En couplant l’éducation à la culture, les présidents de l’AES tentent de créer un « bloc de résistance » intellectuel. Le but ultime ? Que le citoyen de demain, qu’il soit à Mopti ou à Bobo-Dioulasso, ne voie plus son avenir dans l’immigration ou la rébellion, mais dans la construction d’un État souverain.

Le capitaine Traoré a conclu sa rencontre à Péni par une injonction : « Maintenir le flambeau de notre patrie ». En 2026, ce flambeau semble avoir été transmis aux instituteurs, désormais chargés de porter une arme bien plus puissante que la Kalachnikov : la conscience nationale.

Moussa Sebgo

SOURCE/ LE PAYS



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