Malgré la prolongation en 2025 de la transition pour 5 ans renouvelables et l’absence d’échéances électorales immédiates, le ministère délégué auprès du Premier ministre, chargé des réformes politiques et du soutien au processus électoral, a été maintenu lors du remaniement du 12 février 2026. Un choix qui suscite plusieurs interrogations.
Dans la nouvelle architecture gouvernementale, certains portefeuilles techniques ou transversaux ont été conservés malgré l’évolution du contexte politique. C’est le cas du département dédié aux réformes politiques et à l’accompagnement du processus électoral.
Son maintien attire l’attention, car il intervient dans une phase où les scrutins nationaux ne constituent plus une priorité affichée des autorités de la transition.
Pour plusieurs observateurs, il faut cependant distinguer le calendrier électoral de la transformation du système politique. Le ministère délégué en question couvre un champ plus large que la seule organisation matérielle des élections.
Un ministère qui dépasse la seule question électorale
Pour le journaliste et analyste politique Alexis Kalambry, même en l’absence d’élection présidentielle programmée, le chantier des réformes politiques reste ouvert. Il rappelle que, dans son adresse à la Nation du Nouvel An, le chef de l’État a annoncé l’ouverture de concertations sur l’avant-projet de loi portant charte des partis politiques.
« À défaut d’élections, le ministre aura à gérer des réformes politiques, ce qui justifierait son maintien », souligne-t-il. Le portefeuille servirait ainsi d’outil de pilotage pour la recomposition du champ politique, la refonte des règles partisanes et l’architecture institutionnelle future.
L’analyse est plus nuancée pour Dr Jean-François Camara, enseignant-chercheur à l’Université Kurukanfouga de Bamako, qui parle d’un choix inattendu.
« Le maintien du ministère relatif au processus électoral peut être considéré comme une grande surprise, d’autant plus que la transition a été prolongée pour 5 ans. On est en droit de se poser la question sur sa pertinence », avance l’universitaire.
Il souligne aussi que le Mali dispose déjà d’un organe technique dédié, l’Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE), qui pourrait, selon lui, « jouer ce rôle de conciliateur du processus électoral », ce qui relativise la nécessité opérationnelle du département ministériel.
Signal politique ou simple continuité administrative ?
Une question centrale demeure : faut-il voir dans ce maintien un signal d’ouverture vers l’élection présidentielle plus tôt que prévu ?
Les deux analystes appellent à la prudence. « On ne peut pas le dire, en l’absence d’une déclaration forte et directe dans ce sens », tranche Alexis Kalambry. Selon lui, le ministère crée une capacité d’action, mais ne signifie pas un engagement de calendrier.
Dr Camara abonde dans le même sens, tout en rappelant l’imprévisibilité politique. « Tout porte à croire qu’on ne peut pas organiser la présidentielle avant l’expiration des 5 ans annoncés par les autorités de la transition. Mais il faut savoir qu’en politique, les choses peuvent aller vite », glisse l’enseignant-chercheur.
Scrutins locaux : l’autre enjeu
Au-delà du scrutin présidentiel, la question des élections législatives et locales renforce toutefois l’argument du maintien.
Les autorités de la transition avaient annoncé en septembre 2023 qu’elles se focaliseraient uniquement sur l’organisation de l’élection présidentielle. Cependant, avec l’évolution du contexte, elles pourraient être amenées à organiser également les autres scrutins avant la fin de la transition.
Alexis Kalambry insiste sur l’urgence de ces consultations de proximité. « À défaut de présidentielle, il est urgent d’organiser des élections de proximité. Les municipalités sont bloquées. Les délégations spéciales ont des mandats limités », alerte-t-il. Pour lui, l’absence prolongée d’élus locaux fragilise la gouvernance territoriale.
Il met également en avant l’enjeu de la représentation nationale. Le Conseil national de transition (CNT) exerce aujourd’hui la fonction législative, mais sans base élective. « Beaucoup d’institutions de la République souffrent de limites en raison du manque d’élections et du manque de légitimité de certains acteurs », observe-t-il.
Dans cette optique, le ministère délégué en soutien au processus électoral apparaît selon lui comme « un pion majeur » pour préparer le retour progressif à la norme institutionnelle et « sortir du régime d’exception ».
Mohamed Kenouvi
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