Le retrait du Maroc de l’organisation de la CAN féminine 2026 intervient dans un climat de tension et de désillusion. Après avoir perdu la finale masculine face au Sénégal, le Royaume semble avoir choisi de se retirer de la scène organisationnelle, à seulement deux mois du coup d’envoi. Ce geste, inattendu et spectaculaire, alimente l’idée d’un pays qui peine à assumer ses responsabilités après un revers sportif douloureux. L’image du Maroc comme acteur majeur du football africain se retrouve ainsi fragilisée.Â
Dans les coulisses, les rumeurs de tensions entre Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football, et Patrice Motsepe, président de la CAF, ajoutent une dimension institutionnelle à ce retrait. Ce n’est pas seulement une décision sportive, mais aussi un symptôme de relations crispées au sommet du football africain. Le silence officiel des autorités marocaines accentue cette perception d’un désengagement motivé par l’orgueil blessé plutôt que par des contraintes logistiques ou financières.
Sanctions et conséquences institutionnelles
Le règlement de la CAF est clair : un retrait à moins de six mois de la compétition entraîne des sanctions. Le Maroc s’expose à une amende de 250 000 dollars et à une suspension de ses Lionnes de l’Atlas pour les deux prochaines éditions. Si cette mesure est appliquée, l’équipe nationale féminine, qui devait affronter l’Algérie dans le groupe A, serait privée de sa propre fête. Ce scénario rappelle le précédent de 2015, lorsque le Maroc s’était retiré de la CAN masculine en raison de l’épidémie Ebola.
Ces sanctions, au-delà de leur impact financier, constituent une humiliation sportive et institutionnelle. Elles renforcent l’idée que le Maroc, en se retirant, agit davantage par frustration que par incapacité réelle. Le pays, qui avait investi dans son image de leader du football africain, risque de voir son prestige durablement entaché. Cette décision fragilise aussi la cohésion du football continental, en donnant l’impression que les engagements pris peuvent être abandonnés au gré des humeurs ou des résultats.
L’Afrique du Sud, sauveur opportuniste
Face à ce retrait, l’Afrique du Sud s’est immédiatement positionnée comme solution de repli. Peace Mabe, vice-ministre des Sports, a confirmé que son pays était prêt à accueillir la compétition, rappelant l’expérience organisationnelle acquise lors du Mondial 2010. Pretoria apparaît ainsi comme un acteur pragmatique, capable de mobiliser ses infrastructures pour sauver la CAN féminine. Ce contraste accentue la perception négative du Maroc : là où l’Afrique du Sud saisit l’opportunité, Rabat semble céder à la frustration.
Ce rôle de suppléant renforce l’image de l’Afrique du Sud comme nation sportive fiable. Mais il souligne aussi l’improvisation qui entoure la gestion du football africain. La CAF, prise de court, se retrouve contrainte de valider un transfert d’organisation dans l’urgence. Cette situation met en lumière les failles de planification et de gouvernance, où les décisions tardives et les rivalités institutionnelles compromettent la stabilité des compétitions.
Une gouvernance fragilisée
Le silence de la CAF face à ce désistement entretient l’incertitude. Son site continue de présenter le Maroc comme hôte, alors que les déclarations sud-africaines circulent largement dans les médias. Cette absence de communication fragilise la crédibilité de l’instance, qui se retrouve dans l’obligation de trancher rapidement pour préserver la préparation des équipes et rassurer les sponsors. La lenteur de sa réaction accentue les critiques sur son manque de transparence et de réactivité.
Cette crise dépasse le cadre sportif. Elle révèle les tensions institutionnelles et les rivalités personnelles qui minent la gouvernance du football africain. Entre ambitions nationales et susceptibilités individuelles, la CAF doit arbitrer entre sanctionner le Maroc pour préserver son autorité ou privilégier une solution pragmatique en validant le transfert vers l’Afrique du Sud. Dans les deux cas, l’image du football africain sort fragilisée, alors que la CAN féminine devait être une vitrine de développement et de cohésion.
Le poids du symbole et d’un test pour la CAF
Pour le Maroc, ce retrait risque d’être interprété comme une attitude de « mauvais perdant ». Battu en finale masculine, le Royaume semble vouloir se soustraire à une nouvelle exposition médiatique, préférant éviter les projecteurs après un revers douloureux. Cette décision, si elle est confirmée, pourrait ternir durablement son image de leader du football africain. Elle traduit aussi une fragilité institutionnelle, où les tensions internes et les rivalités personnelles pèsent sur la capacité du pays à assumer ses engagements continentaux.
Pour les joueuses et les fédérations nationales, l’incertitude est lourde de conséquences. À quelques semaines du coup d’envoi, la logistique et la préparation sont compromises. Les sponsors et les diffuseurs doivent composer avec un climat de flou qui menace la crédibilité de l’événement. La CAN féminine 2026, censée être une fête du football et un tremplin vers la Coupe du monde, risque de débuter dans un climat de confusion et de tensions institutionnelles.
Le retrait du Maroc et l’annonce de l’Afrique du Sud marquent un tournant. Ce rebondissement met en lumière les fragilités du football africain, où les ambitions nationales et les rivalités institutionnelles compromettent la stabilité des compétitions. L’avenir de la CAN féminine 2026 dépend désormais d’une clarification rapide de la CAF. Qu’elle se joue au Maroc ou en Afrique du Sud, l’enjeu dépasse le terrain : il s’agit de préserver la crédibilité du football africain et d’assurer une organisation digne de son potentiel.
Ibrahim Kalifa Djitteye
Source : Le Pays
Lire l’article original ici.

