Dans l’attente de l’Assemblée générale extraordinaire appelée à désigner une nouvelle équipe dirigeante, des pistes de réflexion émergent pour remettre notre sport sur orbite. De la révision des textes – dont certains ne correspondent plus au contexte actuel – au choix des hommes, en passant par l’assainissement d’un milieu miné depuis trop longtemps par des querelles de clochers, cette assemblée est attendue par un public sportif avide de changement. Au-delà , elle doit être celle de l’entente, de l’unité et du renouveau. L’adoption d’une véritable Charte de l’unité entre tous les acteurs apparaît indispensable.
Tout s’est accéléré après le fiasco des Aigles du Mali à la CAN 2025 au Maroc. Éliminés le 9 janvier 2026 sans la moindre victoire, les hommes de Tom Saintfiet ont cristallisé la colère d’un peuple sportif abreuvé de désillusions. Le 13 janvier, dix membres influents du Bureau exécutif  responsables des commissions des arbitres, de la sécurité, du marketing ou encore des jeunes  ont claqué la porte pour «convenances personnelles». Quatre jours plus tard, les neuf cadres restants, dont le président lui-même, ont également démissionné. La FEMAFOOT se retrouve orpheline, sans organe exécutif pour assurer la gestion courante ni convoquer une quelconque instance.
Cette implosion n’est pas un accident. Elle est l’aboutissement d’un cycle ouvert dès l’élection controversée de Mamoutou Touré en 2019, réélu en 2023 alors qu’il était sous mandat de dépôt. Recours juridiques, défiance des ligues, révision contestée des statuts en mars 2025 verrouillant l’accès aux instances dirigeantes : la fédération vivait depuis des années sous perfusion, isolée et déconnectée des réalités du terrain.
Alors que beaucoup prédisaient l’intervention d’un Comité de normalisation (CONOR), la FIFA et la CAF ont surpris. Dans une lettre conjointe datée du 5 février 2026 et adressée au secrétaire général Sidi Bekaye Magassa, elles ont «pris acte de la vacance de tous les postes» et écarté la mise sous tutelle. Conformément aux statuts, la gestion des affaires courantes est confiée au secrétaire général, chargé d’organiser une Assemblée générale élective extraordinaire. La FIFA et la CAF exigent une feuille de route détaillée, validée par leurs soins, et annoncent l’envoi de représentants pour superviser le scrutin. Sur le plan financier, le contrôle est strict : seuls les signatures conjointes de Magassa et du directeur financier Koniba Maïga pourront débloquer les fonds des programmes FIFA Forward et CAF Impact.
Ce choix, salué comme un signe de maturité institutionnelle, place désormais toute la responsabilité entre les mains des acteurs locaux. Mais il expose aussi le football malien à ses propres démons. Car le problème ne réside pas seulement dans la vacance du pouvoir, mais dans les règles du jeu elles-mêmes. Depuis la révision statutaire de mars 2025, le corps électoral est déséquilibré : des ligues régionales peu actives sportivement pèsent parfois plus lourd que les clubs de première division, véritables viviers du football national. Cette configuration fausse la démocratie interne et perpétue les mêmes cercles de pouvoir depuis des décennies.
Un simple changement de visages, sans réforme des textes et du corps électoral, ne serait qu’une solution cosmétique. Le scrutin à venir, s’il se déroule sur la base des statuts actuels, risque de reproduire les crises passées.
Une «Charte de l’unité» pour enterrer 30 ans de conflits
C’est ici que prend corps l’idée d’une Charte de l’unité. Plus qu’un texte juridique, elle serait un pacte moral solennel, adossé au processus électoral mais le dépassant. Son objectif : bannir définitivement les pratiques claniques, les textes «taillés sur mesure» et les règlements de comptes post-électoraux.
Cette charte ne serait ni un statut dérogatoire ni un corpus concurrent des textes de la FIFA. Elle serait une déclaration d’intention collective, signée par toutes les parties prenantes : ligues, clubs de Ligue 1 et Ligue 2, associations de joueurs, arbitres, cadres techniques et représentants des supporters. Ses clauses pourraient inclure : l’engagement à ne pas recourir systématiquement aux recours abusifs devant les juridictions ordinaires ; la limitation des mandats et la transparence totale des critères de candidature ; la création d’un observatoire indépendant de la gouvernance, chargé de veiller au respect des bonnes pratiques et de publier un rapport annuel contradictoire.
Cette charte ne remplacerait pas les réformes statutaires, mais créerait un contrat moral qui engagerait tous les acteurs du football. Elle marquerait leur volonté de ne plus être, selon l’expression amère des supporters, « un objet de raillerie sur le continent».
Avant sa signature, une étape demeure impérative : la tenue de l’Assemblée générale extraordinaire ordonnée par la FIFA et la CAF. Conformément à l’article 38.10 des statuts, elle devra statuer sur la sortie de crise et ouvrir la voie à l’élection d’un nouveau Comité exécutif pour quatre ans. Mais pour que cette Assemblée ne soit pas une énième réunion de chapelles où s’échangent des voix contre des promesses, le peuple sportif l’attend comme le rendez-vous de l’entente et du renouveau. Les projecteurs seront braqués sur Bamako. Le Mali, qui a vu naître Salif Keita et Jean Tigana, ne peut plus se permettre de voir ses Aigles cloués au sol par des querelles d’appareil.
Le défi est immense : transformer la plus grave crise de la FEMAFOOT en opportunité historique. La lettre de la FIFA et de la CAF a offert un cadre ; la balle est désormais dans le camp du football malien, sommé de se réinventer. L’adoption d’une Charte de l’unité serait le premier acte de cette refondation : la preuve écrite que cette génération d’acteurs a enfin choisi de servir le jeu, et non de l’asservir.
Mémé SANOGO
Source: L’Aube
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